Le petit Journal

Pourquoi un tel acharnement ?



Frédéric Liévy (que tout le monde appelle Frédo) et sa famille sont installés à Frouzins depuis plusieurs armées. Il vit avec sa femme et ses six enfants sur un terrain de 2500 m2 environ, qui est aussi le lieu principal de son exploitation agricole. En effet, M. Liévy est un agriculteur qui élève des volailles (coqs, poules, poulets, chapons, ... ) et son activité connaît un succès remarquable auprès de la population environnante. Un agriculteur dont les affaires marchent bien, c'est assez rare pour être signalé. Professionnellement cela va bien pour Frédo Liévy et sa famille.

Socialement, cela va plutôt bien aussi puisque tous enfants sont scolarisés à Frouzins et qu'ils sont, pour la plupart, membres d'associations sportives au sein desquelles, d'ailleurs, ils sont plutôt brillants. Tout pourrait donc aller pour le mieux...


6 permis de construire refusés

Sauf que, depuis plusieurs années, M. Liévy subit tout un ensemble de "tracasseries administratives" causées par la mairie de Frouzins, car, selon lui, on pratique à son encontre une double discrimination: discrimination envers les agriculteurs et dismination envers la communauté Tsigane ou plus généralement envers les gens du voyage. En effet, malgré sa forte volonté de se sédentariser, principalement pour que ses enfants puissent être normalement scolarisés, Frédo Liévy reste pour l'administration un "voyageur': Et l'on a beau le cacher sous de beaux discours ou le justifier par un tout un tas de lois ou d'arrêtés, on ne veut pas de "ces gens-là" sur sa propre commune. Donc, mêmesi M. Liévy est propriétaire du terrain sur lequel il se trouve, même s'il a acquis le statut d'agriculteur cotisant à la MSA, même s'il a rempli toutes les conditions qu'on lui a imposées au fil des années et de ses nombreuses demandes de permis de construire, ... , rien n'est jamais suffisant. Tellement pas suffisant que le maire, M.Bertrand a décidé, avec l'aval de son conseil municipal de faire un procès à la famille Liévy, prétextant qu'elle respectait pas le code de l'urbanisme. Le premier procès a eu lieu en février 2011 et M. Liévy a bénéficié d'un report, juste le temps qu'un nouveau permis de construire soit déposé et, à entendre le maire M. Bertrand à l'audience, accepté sans difficulté. Sauf que ce permis construire, dûment constitué, a, comme tous les autres, été refusé par la mairie. Le procès s'est donc déroulé il y a une quinzaine jours, et le délibéré sera rendu le 17 octobre prochain. L'issue peut être terible pour la famille Liévy ; on peut lui imposer de quitter les lieux et de remettre le terrain en l'état. C'est-à-dire tout simplement qu'on peut les mettre dehors, alors qu'ils sont sur leur propre terrain, ce qui signifie qu'ils seraient obligés de repartir à 8 dans une petite caravane et d'abandonner leur exploitation qui est leur source de revenus. Un drame humain.

Des soutiens nombreux et mobilisés

Dans ce combat de longue haleine contre l'adminitration et contre la municipalité de Frouzins, la famille LIEVY peut compter sur le soutien de 27 organisations diverses, de quatre partis politiques ((EELV; NPA, Parti de Gauche, Front de Gauche) et de nombreuses personnalités. Parmi elles, la députée européenne Catherine Greze qui a combattu auprès de M. Liévy pour la reconnaissance par l'Europe du génocide tsigane, qui se demande pourquoi le maire de Frouzins fait preuve d'un tel acharnement : "Frédo Liévy est un exemple, un modèle d'intégration réussi, C'est tellement vrai que le conseil général de Haute-Garonne a financé un film intitulé" Un terrain pour ma famille "dans lequel la famille Liévy est citée en exemple. J'ai du mal à comprendre pourquoi on s'acharne ainsi sur cette famille mais également sur d'autres à Seysses. La multiplication de telles procédures visant à éloigner les gens du voyage, est la traduction d'un racisme larvé et d'une xénophobie ordinaire ». Mme Grèze a d'ailleurs écrit au maire de Frouzins pour lui faire part de son sentiment. En voici un extrait : « Comment, Monsieur, le Maire, voulez-vous que les idées de tolérance, d'ouverture, de solidarité, d'humanité puissent faire reculer la xénophobie, le racisme, le rejet de l'autre, le discours haineux porté par l'extrême droite, si vous-même ne montrez pas l'exemple? Faudra t-il aller devant la Cour de Justice Européenne pour que cesse un acharnement inhumain et contraire aux valeurs d'un parti (NDLR : le parti socialiste) qui se veut solidaire et dont vous portez les couleurs?.:' Aujourd'hui dans l'attente du délibéré, M. Liévy et sa famille vivent dans l'attente et dans l'angoisse: 'Jai confiance dans la justice française et j'espère que cette affaire finira bien. De toute façon, je n'ose pas envisager le contraire. Aujourd'hui, moi et ma famille, on ne fait rien de mal, au contraire. Mais, forcément, si on nous oblige à quitter les lieux, cela va créer du trouble à l'ordre public. Nous n'en serons pas les instigateurs . M. Liévy pense qu'on se sert de lui pour faire un exemple en direction de la communauté des gens du voyage. Mais justement, dans cette région, dans ce département, dans cette ville, il n'est pas certain que ceux qui font cela donnent le bon exemple. Le rejet de l'autre et l'exclusion profitent rarement à ceux qui les pratiquent. Heureusement ….

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Christian Valade,
8 oct. 2011 à 16:49
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